They're not dating @cactus
They're not dating

Ken

Ken et Aizou avaient l'habitude d'être seuls chez eux. Les repas se déroulaient très souvent en silence, les deux garçons n'ayant pas pour habitude de se raconter leurs journées ou toute autre banalité. Seul le bruit des couverts résonnaient dans la pièce, accompagné parfois d'une alerte provenant du téléphone de Ken pour lui signaler qu'il venait de recevoir un message.

C'est pour cela que lorsqu'un grand bruit retentit juste en dehors de chez eux, comme si quelqu'un venait de faire tomber quelque chose sur leurs poubelles, Ken sursauta et regarda son frère dont le visage devait probablement refléter sa propre panique.

« Qu'est-ce que c'était ? demanda-t-il à voix haute bien qu'il sache qu'Aizou n'avait sûrement pas la réponse non plus. »

Il commença à se lever pour aller vérifier mais Aizou le retint par le poignet.

« C'était probablement juste le chat ! Il aime toujours renverser des trucs. »

Ce même chaton qui était en train de ronronner aux pieds d'Aizou ? Renverser une poubelle remplie ? C'était peu probable...

« Je vais voir, t'inquiète, ajouta Aizou avant de se précipiter dehors, ignorant le regard curieux que lui lançait son frère. »

Une fois la porte d'entrée fermée derrière lui, il se pencha par-dessus la rambarde pour regarder à l'endroit où se trouvaient normalement les poubelles. Il y trouva, comme il s'en doutait, Yuujirou en plein milieu, à moitié couché sur un vieux matelas qu'ils avaient décidé de jeter la veille.

« Ça va ? osa-t-il demander en voyant son visage tordu par la douleur.

- Je me suis pété le poignet, lui répondit Yuujirou. »

Aizou descendit à ses côtés et l'aida à se relever, l'époussetant en grimaçant.

« Je t'avais dit que t'aurais dû passer par la porte d'entrée. 

- A quel moment ? Quand ton frère était dans la cuisine, qui donne sur cette porte, ou quand il était dans le salon, qui donne aussi sur cette porte ? » Yuujirou souffla, mais il ne refusa pas l'aide d'Aizou.

Ce dernier ne put s'empêcher de sourire en levant les yeux au ciel. Il remit correctement la veste de Yuujirou puis le tira à lui pour l'embrasser rapidement.

« Je vais rentrer, Ken va commencer à se demander ce que je fais, chuchota-t-il contre ses lèvres. »

Yuujirou acquiesça et se retourna pour partir, essayant de cacher en vain ses joues rouges.


Hiyori

Pour être honnête, Hiyori avait encore peur d'Aizou. Depuis le premier jour d'école il ne lui inspirait pas vraiment confiance. Elle savait qu'elle ne devait pas le juger sur le peu d'interaction qu'ils avaient eu, mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'essayer de l'éviter dans la classe ou de garder ses distances. Surtout avec Yuujirou. Parce qu'Aizou devenait étrangement plus agressif lorsqu'elle lui parlait, bien que ce soit plus que rare.

Le fait qu'elle soit coincée dans la chambre du blond pour un exposé ne l'aidait pas à se calmer. Elle avait toujours tout fait pour ne pas avoir d'ennuis avec lui et elle devait désormais passer des heures en sa compagnie. Elle avait toujours été malchanceuse pour les tirages au sort mais celui-ci avait été le gros lot.

Elle leva la tête de son cahier et regarda Aizou qui était concentré sur son ordinateur, mais il semblait aussi mal à l'aise qu'elle alors qu'il était dans sa propre chambre. Certes il avait d'abord été réticent à ce qu'elle vienne chez lui, mais toutes les autres options (chez elle, à la bibliothèque, dans un café) n'avaient rien donné et ils s'étaient retrouvés ici. Elle se demanda s'il attendait quelque chose ou quelqu'un en particulier. Il se retournait sans arrêt vers l'horloge avant de se reconcentrer sur son écran.

Hiyori secoua la tête et décida de se remettre au travail. Plus vite elle aurait terminé, plus vite elle pourrait le laisser tranquille et rentrer chez elle.

Au moment où elle posa la pointe de son stylo sur son cahier, elle entendit quelqu'un éternuer. Derrière elle. Alors qu'Aizou était devant elle et qu'il n'y avait personne d'autre dans la maison.

Elle leva la tête vers Aizou qui la regardait, les yeux écarquillés, et ouvrit la bouche pour lui demander si son frère était là, mais ce dernier la fusilla du regard soudainement.

« Quoi ? T'as jamais entendu quelqu'un éternuer ? dit-il en se frottant le nez.

- Euh, non, mais ça venait de... »

Elle pointa un doigt hésitant derrière elle, faisant tiquer le garçon.

« Si tu bosses pas sur l'exposé ça sert à rien de venir ici. 

- Mais Shibasaki-kun– 

- De toute façon mes parents vont bientôt arriver, tu ferais mieux de rentrer chez toi, on verra demain comment on s'organise pour la suite, dit-il sans lui laisser le temps de dire quoique ce soit. »

Hiyori acquiesça et quelques minutes plus tard elle se retrouva sur le pas de la porte, se rendant à peine compte qu'elle venait de se faire mettre dehors. Elle haussa les épaules et décida de rentrer chez elle. Plus elle était loin de lui, mieux elle se portait.

Une fois qu'Aizou fut certain que Hiyori soit partie, il retourna dans sa chambre et ouvrit son placard. Caché en dessous de ses chemises et manteaux, Yuujirou, torse nu, se frottait les bras pour tenter de se réchauffer en le fusillant du regard.

« J'avais complètement oublié qu'elle était censée venir aujourd'hui, s'excusa Aizou.

- Je me doute, siffla Yuujirou. Je peux avoir un haut maintenant ? »

Aizou lui passa sa chemise qui était roulée en boule sous sa couverture et Yuujirou la mit en vitesse.

« Je crois qu'on ferait mieux d'arrêter de se voir chez moi... dit Aizou en secouant la tête lorsque Yuujirou éternua une nouvelle fois. »


Minami

Minami adorait travailler avec Aizou et Yuujirou. L'occasion se présentait rarement mais quand elle arrivait il se donnait toujours à fond pour que tout se déroule à merveille. Même si les deux garçons donnaient l'impression de ne pas se supporter (et de ne pas supporter les autres), il s'entendait très bien avec eux. Si cela ne tenait qu'à lui, il demanderait à faire des collaborations pour chacune de leurs chansons !

C'était pour cela qu'aujourd'hui il était particulièrement de bonne humeur et était arrivé en avance dans la salle de danse pour répéter. Cependant son excitation retombait au fur et à mesure que les minutes passaient et que ni Aizou, ni Yuujirou ne se montrait. Après avoir attendu une bonne dizaine de minutes, Minami se décida à aller les chercher lui-même. Ce n'était pas dans leurs habitudes d'être en retard...

Au moment où il posa sa main sur la poignée de la porte, celle-ci s'ouvrit brusquement et les deux garçons apparurent derrière, le souffle court comme s'ils avaient couru pour arriver jusqu'ici. Minami remarqua aussi que les vêtements d'Aizou étaient complètement froissés et que Yuujirou avait des marques rougeâtres dans la nuque.

« Tu t'es fait piquer par un insecte ? demanda-t-il à l'attention du brun qui se plaqua aussitôt la main sur le cou.

- O-Oui... Hier, des insectes... bégaya-t-il avant d'entrer précipitamment dans la salle pour commencer à s'échauffer. »

Minami le regarda curieusement avant de se retourner vers Aizou.

« Tu devrais faire attention à ne pas te mordre les lèvres à quelques jours d'un concert, c'est compliqué à cacher, ajouta le roux en voyant à quel point les lèvres d'Aizou étaient rouges et gonflées. »

Ce dernier acquiesça, les joues rouges, avant de partir à la suite de Yuujirou. Minami secoua la tête en les regardant, heureusement qu'il était là pour leur rappeler de prendre soin d'eux.


Mona

Mona était tout sauf heureuse d'avoir Yuujirou comme partenaire pour l'exposé qu'ils avaient à faire au lycée. Elle avait espéré tirer le nom de Hiyori, mais lorsque la brunette avait tiré Shibasaki elle s'était dit que n'importe quelle autre fille ferait l'affaire, mais en voyant le nom Someya sur son bout de papier, elle avait eu envie de le reposer et d'en tirer un autre. Dire qu'elle le haïssait était un euphémisme et devoir passer du temps en sa compagnie ne lui plaisait pas du tout.

Ils s'étaient mis d'accord pour travailler à la bibliothèque au moins trois fois par semaine malgré leurs emplois du temps chargés et s'ils avaient encore du travail à faire ils se rejoindraient dans un café discret pendant le week-end. C'était donc les bras chargés de documents qu'elle avait imprimés qu'elle partit rejoindre Yuujirou à la bibliothèque.

Elle ne s'attendait cependant pas à ce qu'elle trouve Aizou assis juste en face du jeune homme, pianotant sur son téléphone.

« Qu'est-ce qu'il fait là, lui demanda-t-elle en le pointant du doigt une fois qu'elle eût posé ce qu'elle tenait sur la table. 

- Lui, répondit Aizou, il a presque terminé son projet avec Suzumi, donc il n'a pas besoin de travailler en plus, dit-il en lui faisant un sourire faussement mielleux. Je voulais juste lire et c'était la seule table libre. »

Mona fixa longuement le téléphone dans les mains du blond puis les deux tables un peu plus loin qui étaient libres. Elle regarda ensuite Yuujirou qui gardait obstinément la tête baissée sur les documents qu'il avait apportés.

Est-ce qu'ils partagent un demi-cerveau à deux ou quoi ? Se demanda-t-elle, mais elle ne fit que soupirer avant de s'asseoir à côté de Yuujirou.

Ils travaillèrent une bonne demi-heure sans interruption autre que les quelques soupirs agacés d'Aizou lorsqu'elle sentit quelque chose contre sa cheville. Elle n'y fit tout d'abord pas vraiment attention lorsque l'action se répéta une fois, puis deux, puis trois, en étant un peu plus insistante à chaque fois. Fatiguée de ce manège après quelques minutes, elle reposa violemment son stylo sur la table, faisant sursauter les deux garçons.

« C'est lequel de vous deux qui me fait du pied ? »

Leurs yeux s'écarquillèrent et leurs joues devinrent si rouges qu'elle en aurait rit s'ils n'avaient pas été aussi en retard pour leur exposé. Aizou secoua violemment la tête pendant que Yuujirou se passait une main sur le visage.

« Je voulais juste récupérer mon stylo par terre ! s'exclama le blond. »

Elle plissa les yeux. Quand avait-il fait tomber ce stylo ? Il n'avait sorti aucune affaire pour travailler depuis son arrivée. Pourtant, lorsqu'elle regarda à ses pieds, il y avait bien un stylo au sol.

« Je l'ai fait tomber avant que tu arrives, se justifia Aizou. »

Mona souffla, épuisée par cette situation et se pencha pour ramasser son stylo. Elle avait envie de lui lancer une remarque acerbe ou de lui demander de partir parce qu'elle savait bien que Yuujirou n'était pas complètement concentré quand il était là, mais à la place elle se leva et annonça qu'elle allait s'acheter quelque chose à boire.

Une fois Mona hors de vue, Yuujirou donna un coup de pied à Aizou sous la table.

« Tu lui faisais du pied ?! 

- Je me suis trompée de personne, d'accord ! Vous étiez vraiment proches ! »

Yuujirou lui fit les gros yeux avant de se replonger dans son travail avant que Mona ne revienne. Ni la maison d'Aizou, ni le studio, ni la bibliothèque n'étaient de bons endroits pour se retrouver...


Sena

Sena sourit en sentant son téléphone vibrer dans la poche arrière de son jean. Elle sentait l'envie de le prendre la démanger, mais elle se retint de toutes ses forces. Elle savait pertinemment que c'était un message de Midori et elle devait apprendre à ne pas sauter de joie avant de lui répondre immédiatement lorsqu'il la contactait. Elle ne devait pas montrer à quel point elle était désespérée, après tout.

Regardant autour d'elle, elle s'assura que personne n'était dans les parages avant de tourner dans le mauvais couloir, sortant le téléphone de sa poche. Elle s'enfonça un peu plus dans le couloir, tournant au hasard pour s'éloigner des autres personnes présentes dans le bâtiment, avant de finalement ouvrir le message qu'elle avait reçu, un sourire gigantesque collé au visage. Elle avait toujours le cœur qui battait la chamade et les mains moites lorsque Midori la contactait, c'était une sensation qui ne s'apaisait pas et dont elle ne se lassait jamais !

S'arrêtant un instant, elle se demanda si elle avait le temps de l'appeler rapidement.

Hm...

Est-ce qu'elle allait le faire ?

Non ! Aujourd'hui elle devait se concentrer sur son travail ! Juste le travail !

Mais si c'était juste deux minutes... Deux toutes petites minutes...

Se jurant de redoubler d'effort et de prendre une pause plus courte, Sena ouvrit la porte de la première loge qu'elle croisa, s'y engouffrant rapidement en s'assurant que personne ne la vit. Elle ferma la porte derrière elle, serrant son téléphone contre elle, et se retourna, enfin prête à appeler Midori.

Du moins c'est ce qu'elle aurait fait, si elle ne s'était pas retrouvée nez à nez avec Aizou et Yuujirou.

Ils se regardèrent tous les trois en silence, les yeux écarquillés, se sentant stupides de s'être fait prendre la main dans le sac.

Tandis que Sena essayait tant bien que mal de cacher son téléphone, Aizou et Yuujirou s'éloignèrent lentement l'un de l'autre et elle mit un point d'honneur à faire semblant de ne pas avoir vu la main du blond posé sur la taille du brun, ou la façon dont Yuujirou était agenouillé sur le canapé, comme s'il voulait se rapprocher encore plus d'Aizou. Elle leur offrit un sourire gêné qu'ils lui retournèrent, sans prononcer un mot.

Un silence gênant s'installa et elle ne réussit à tenir qu'une dizaine de secondes avant de le briser.

« Je... Euh... Je crois que votre manager vous cherche, bégaya-t-elle. »

Cette phrase fut comme un déclic et les deux garçons se levèrent brusquement, la faisant sursauter, et bégayèrent elle ne savait quoi, probablement des excuses, avant de quitter la pièce en vitesse. Elle les regarda s'éloigner rapidement, se demandant vaguement si elle venait d'être témoin d'une scène qu'elle devrait éviter de mentionner à l'avenir.

Avec une dernier soupir, Sena rangea son téléphone, non sans regret. Elle appellerait Midori plus tard, elle ferait mieux de se mettre au travail avant de se faire attraper à son tour.


Hiyori

Depuis qu'elle était devenue la manager d'Aizou et Yuujirou, Hiyori devait avouer qu'elle n'avait plus beaucoup de temps pour elle. Elle courait sans cesse à droite et à gauche, entre tout ce dont elle devait s'occuper, plus s'assurer que les deux garçons n'en faisaient pas trop à leur tête et sans oublier les cours, cette nouvelle vie était épuisante ! Pourtant, elle lui plaisait énormément. Elle s'était rapproché des deux chanteurs et après avoir surmonté ses aprioris, elle avait découvert deux garçons incroyables qui se donnaient à fond pour réaliser leurs rêves. Elle respectait leur dévouement et espérait être à leur côté pour les aider à aller le plus loin possible.

Attrapant deux bouteilles d'eau ainsi que deux serviettes propres, elle sourit en pensant à quel point elle avait eu peur d'eux au début. L'époque où elle avait du mal à les regarder dans les yeux semblait si loin d'elle maintenant, c'était amusant de repenser à quel point elle avait était effrayée par eux en les rencontrant alors qu'au fond ils n'étaient pas si terribles.

Hiyori secoua la tête avant de se dépêcher de repartir en direction de la salle de danse où Aizou et Yuujirou répétaient. Elle avait perdu assez de temps comme ça (et cela n'avait rien à voir avec le léger détour qu'elle avait fait parce qu'elle avait cru voir Asuka et Kanata un peu plus loin, pas du tout) et elle ne voulait pas faire attendre les deux garçons.

« Je suis revenue ! Je suis allée chercher des boiss– »

Elle se figea en voyant Aizou et Yuujirou qui étaient bien loin de répéter.

Elle referma la porte derrière elle avec fracas, le visage rouge et n'osant pas se tourner vers les deux garçons qui étaient dans une position bien trop compromettante pour qu'elle se permette de les regarder. En effet, Aizou était assis à même le sol, son dos contre le mur et ses mains posés sur les hanches de Yuujirou, tandis que ce dernier était carrément assis sur lui, les bras autour de son cou, et apparemment bien décidé à ne pas lâcher ses lèvres.

Hiyori posa son visage contre le bois de la porte. Elle pouvait sentir ses joues chauffer tellement elle rougissait.

« Qu'est-ce que vous faites ?! hurla-t-elle avant de se rappeler qu'elle ferait mieux d'être discrète si elle ne voulait pas que quelqu'un d'autre entre et tombe sur cette scène. 

- Oh, Hiyori, répondit Aizou. »

Elle se demanda une seconde s'ils n'étaient plus collés, mais elle n'osait pas se retourner pour vérifier si c'était le cas.

« Tu as ramené de l'eau ? On passait le temps en t'attendant, ajouta-t-il naturellement comme s'ils étaient en train de faire une partie de carte. 

- Essayez au moins d'être discret ! N'importe qui aurait pu rentrer ! s'exclama-t-elle, agrippant toujours la poignée de peur que quelqu'un ouvre la porte au moment où elle prononça ces mots. »

Elle retint un grognement épuisé lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'aurait pas de réponse, simplement parce que les deux garçons avaient tout simplement décidé de reprendre leur activité, si elle en croyait les bruits de baisers qu'elle entendait derrière elle. Le pire dans toute cette affaire, c'était qu'elle s'était douté qu'elle les retrouverait dans cette position en revenant...

Le plus dur dans son boulot de manager, c'était bien qu'elle s'était habituée à les voir arrêter de cacher leur relation.

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