Il m'aime un peu, beaucoup... @cactus
Il m'aime un peu, beaucoup...

« Il m'aime un peu... Beaucoup... Passionnément... A la folie... Pas du tout... »

Hiyori arrachait un à un les pétales de la fleur qu'elle avait cueillie dans la cours du lycée. Elle ne savait pas comment elle devait prendre le rejet d'Asuka. D'un côté, c'était un non catégorique, mais d'un autre il avait juste dit vouloir se concentrer sur son rêve... Donc ce n'était pas tout à fait un non ? Du moins, c'était comme ça qu'elle le voyait.

Elle soupira en arrachant un nouveau pétale. Elle y réfléchissait depuis des jours sans arriver à une conclusion satisfaisante. En plus de ça, comment pouvait-elle faire face à Aizou et Yuujirou après cet échec cuisant ? Ils avaient fait de leur mieux pour qu'elle s'embellisse et ait confiance en elle, mais tous leurs efforts avaient été vains... Est-ce qu'ils lui en voudraient ? Elle n'avait jamais demandé leur aide, mais elle devait avouer qu'elle avait énormément apprécié les heures passées en leur compagnie. Lorsqu'ils n'étaient pas en train de lui donner des tonnes et des tonnes de tâches à faire, ils étaient plutôt amusants. Elle aurait voulu que cette petite aventure ait permis de les rapprocher, mais depuis ce jour mis à part pour le travail ils ne s'étaient plus reparlés.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Hiyori sursauta en entendant la voix de Yuujirou derrière elle. Elle se releva rapidement et se retourna pour faire face au jeune homme qui la regardait d'un air curieux, cachant sa fleur derrière son dos.

« Oh ! Bonjour ! s'exclama-t-elle, gênée. Euh... Pas grand chose... Je regardais juste les fleurs... »

Yuujirou haussa un sourcil, peu convaincu. Il essaya de regarder par-dessus son épaule pour voir ce qu'elle cachait, mais elle se décala de façon à ce qu'il ne puisse rien voir. Agacé, il recommença, se décalant à droite, puis à gauche, mais rien à faire, Hiyori ne voulait pas lui montrer ce qu'elle tenait.

« Qu'est-ce que tu caches ? finit-il par lui demander.

- Rien... Rien du tout... bégaya-t-elle et cette réponse l'énerva encore plus. »

Il détestait qu'on le prenne pour un idiot. L'imbécile du groupe c'était Aizou, pas lui.

Hiyori paniqua lorsqu'elle vit Yuujirou faire un pas en avant. S'il décidait de la forcer à lui montrer ce qu'elle tenait, il y arriverait. Il avait bien plus de force qu'elle. Mais elle refusait de le laisser voir cette fleur, il comprendrait immédiatement ce qu'elle avait été en train de faire quelques secondes avant son arrivée et c'était encore plus gênant que le refus d'Asuka. Alors, agissant sous la panique, elle fit la seule chose à laquelle elle put penser.

Yuujirou se figea, la main levée vers elle comme s'il allait lui attraper le bras, et ses yeux s'écarquillèrent d'eux-même. Lorsqu'il réalisa ce qu'elle venait de faire, son visage se déforma dans une grimace de dégoût.

« Tu... Tu viens de manger une fleur ? »

Hiyori se sentit rougir et se demanda si elle n'aurait pas mieux fait de simplement lui montrer.


Hiyori s'assit à son bureau, la tête baissée et les joues rouges. Elle entendit Yuujirou faire de même, mais elle n'osa pas lever les yeux pour voir s'il la regardait encore étrangement ou non. Ce moment resterait probablement gravé dans sa mémoire et elle aurait préféré qu'il ne voit jamais ce dont elle était capable lorsqu'elle paniquait.

Mis à part eux deux, il n'y avait personne dans la classe, ce qui était rare. Pour une fois que Hiyori aurait voulu qu'il y ait du monde, c'était le vide complet. Elle aurait préféré se retrouver à être la cible des regards furieux des autres filles plutôt que de devoir supporter le silence gênant qui s'était installé entre Yuujirou et elle.

Elle releva la tête lorsque la porte de la salle de classe s'ouvrit, se demandant si son vœu avait été exaucé, mais déchanta en voyant Aizou entrer. S'il y avait quelque chose d'encore plus gênant qu'être coincée avec Yuujirou, c'était bien d'être coincée avec Yuujirou et Aizou. Surtout s'ils commençaient à se disputer... Même quand elle n'était pas au travail elle devait constamment les surveiller pour ne pas qu'ils entachent leur image, c'était épuisant...

Hiyori retint un soupir de soulagement en voyant que les deux garçons avaient décidé de s'ignorer. Ils avaient aussi apparemment décidé de l'ignorer elle. Pas que ça la dérange, se dit-elle en se penchant pour attraper son sac. Elle aurait un peu de temps pour s'avancer dans ses devoirs.

Soulevant son sac, elle se rendit compte qu'il était bien plus lourd que ce qu'elle avait imaginé. En fait, elle était même certaine qu'elle n'avait jamais mis autant de cahiers dedans. Sous la surprise, elle le lâcha et le contenu s'étala par terre, révélant plus d'une dizaine de magazines qu'elle n'avait jamais vus de sa vie.

« Mais qu'est-ce que– commença Aizou en manquant de marcher sur l'un d'entre eux.

- Ah ! Pardon ! J'ai dû les oublier dans mon sac... »

Le blond soupira avant de s'accroupir pour l'aider. Hiyori, bien que surprise, lui envoya un sourire pour le remercier. Peut-être que malgré le fiasco avec Asuka, leur relation s'était améliorée, ne serait-ce qu'un tout petit peu ? Du moins c'était ce qu'elle espérait, pensa-t-elle en attrapant le magazine le plus proche de sa chaise.

La couverture la fit pâlir.

Puis elle rougit si subitement qu'elle sentit presque sa tête tourner.

Entre ses mains se trouvait un doujinshi sur Aizou et Yuujirou.

Au moment où elle entendit Aizou attraper un magazine à son tour, elle sut qu'elle était fichue.

Le blond se figea, les yeux fixés sur la couverture, les yeux écarquillés et sa mâchoire s'écrasa au sol, n'arrivant pas à croire ce qu'il voyait.

Hiyori aurait dû lui dire qu'elle ne les avait pas achetés. Elle ne savait même pas où en trouver, ni comment s'en procurer ! Elle savait pertinemment que ce devait être les autres filles qui lui avaient encore fait une mauvaise blague, elles n'arrêtaient pas depuis qu'elles avaient remarqué qu'elle était proche des deux garçons. Mais elle-même était sous le choc et plus les secondes passaient, plus elle sentait que sa chance de s'expliquer était en train de s'échapper.

Finalement, après un long silence, Aizou finit par reposer doucement le magazine au sol et s'empressa de quitter la pièce. Les mains tremblantes, Hiyori finit de tout ramasser sans un mot, n'osant pas lever la tête vers Yuujirou qui devait probablement en train de la juger.

Cette journée ne pouvait pas être pire.


Hiyori s'assura que les magazines étaient bien cachés au fond de son casier avant de le refermer. Elle ne savait pas à qui ils appartenaient donc impossible pour elle de les rendre au propriétaire. Elle allait devoir les laisser là le temps d'aller travailler, puis revenir les chercher pour les ramener chez elle avant de décider d'un endroit où les faire disparaître. Rien que de penser à tous ces aller-retours l'épuisait, encore une soirée où elle allait devoir terminer ses devoirs en vitesse avant de se coucher sans avoir le temps de faire autre chose.

Elle jeta un rapide coup d'oeil à sa montre et se précipita vers la sortie du lycée en voyant qu'elle était déjà en retard. Aizou et Yuujirou allaient le lui reprocher à coup sûr !

Elle ralentit cependant en passant devant une salle de classe plongée dans le noir. Il n'y avait plus personne dans l'établissement, mis à part quelques professeurs, elle aurait dû être seule dans les couloirs et pourtant elle aurait juré entendre un bruit dans cette salle...

« … ! »

Ah ! Encore !

Elle fronça les sourcils en s'approchant de la porte et y colla son oreille. Était-elle témoin de quelque chose d'important ? Peut-être que derrière cette porte un élève se faisait harceler par d'autres personnes ? Si c'était le cas elle devait faire quelque chose, elle n'allait pas ignorer une personne ayant besoin d'aide. Prenant son courage à deux mains, elle ouvrit la porte brusquement, la faisant claquer contre le mur et alluma rapidement la lumière pour voir ce qu'il se passait.

Jamais elle n'aurait imaginé tomber sur une scène pareille.

La salle de classe n'était pas vide, comme elle se l'était imaginé, mais elle n'avait pas à faire à un cas de harcèlement. Elle connaissait un peu trop bien les élèves à l'intérieur et elle aurait préféré ne jamais les voir dans une telle position.

Yuujirou était couché sur son dos sur le bureau du professeur tandis que Aizou était au-dessus de lui, ses avant-bras contre le bois du meuble, l'embrassant à pleine bouche.

Le blond s'était relevé en l'entendant rentrer tandis que Yuujirou n'avait fait que tourner la tête vers elle, une expression ennuyée collée au visage, comme s'il s'attendait à ce qu'elle débarque mais qu'elle l'avait fait au mauvais moment. Aizou, de son côté, eut au moins la décence de rougir. Ce dernier se racla la gorge avant de prendre la parole, cherchant à briser le silence insupportable.

« Hey... A propos des magazines de tout à l'heure... Peut-être qu'il y a un truc que tu devrais savoir... »

Hiyori ne lui laissa pas le temps de finir et referma la porte. Elle fixa le mur devant elle, comprenant à peine ce qu'elle venait de voir.

Elle aurait dû se sentir gênée. Bien plus qu'après avoir mangé sa fleur devant Yuujirou ou avoir laissé Aizou croire qu'elle lisait des doujinshis sur eux deux. Elle aurait dû être en train de mourir d'embarras. Mais tout ce qu'elle ressentait à cet instant, c'était un étrange soulagement.

Elle était heureuse de voir que ces deux garçons étaient aussi étranges qu'elle.

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